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TANGER: UN URBANISME A COTE DE LA PLAQUE (DE BETON)

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TANGER: UN URBANISME A COTE DE LA PLAQUE (DE BETON)

Quel Tangérois – Tangérois de souche, Tangérois nouveau, Tangérois moyennement de souche, Tangérois moyennement nouveau – n’a-t-il jamais ressenti un sentiment d’effroi aigu en contemplant ces monstres de béton, hauts, larges, longs, qui surgissent de terre ici et là, et qui vont en bandes serrées, prêts à relever le défi du logement populaire.

Pour certains –les plus sages, les plus expérimentés- , le sentiment d’effroi s’accompagne d’une goutte de sueur glacée qui, lentement, descend le long de la colonne vertébrale, traçant le sillon d’un frisson d’horreur qui s’achève en un cri que leurs lèvres tremblantes sont incapables de garder captif.

« Mais quelle est donc cette inaptitude à se réjouir du bien commun ? », se demande-t-on dans la foulée…
Car tout de même… En voilà une solution meilleure que les bidonvilles insalubres, dont les anciens se souviennent… « Pensez-donc au quartier de la Wilaya, il n’y a pas si longtemps »… Et pourtant rien n’y fait. Quelque chose ne colle pas… A travers les détritus, les égouts à ciel ouvert, il existe un instinct dans les bidonvilles ; cet instinct que l’on retrouve dans les médinas :   Tous ensemble, mais chacun chez soi…
Des espaces individuels juxtaposés… Il y a dans cette organisation un trait de la culture marocaine, que l’on retrouve d’une certaine manière en Grande Bretagne, même si une notion de famille étendue s’applique dans l’idée d’individu au Maroc. L’immeuble c’est autre chose. C’est une autre culture. En France, on voit apparaître des immeubles dès le moyen âge avec –de bas en haut- les étages nobles, les étages roturiers, les étages de domesticité…. Rien de tel ici…

La ville s’étend. Horizontalement, certes…Mais verticalement, beaucoup… Or, l’horizontal c’est normal, le vertical c’est doctrinal. C’est un choix. Un choix qui impose comme condition préalable le principe de la copropriété. Le fondement de la copropriété est de considérer que nos voisins, ceux avec lesquels nous allons partager notre espace privé, sont des gens bien. Dès lors que l’on part du principe inverse, l’idée même de copropriété boit la tasse. Or, une caractéristique de la population tangéroise au sens large est d’émettre un léger doute sur la probité d’un inconnu. Les histoires sont tellement nombreuses ; celles qui relatent les comportements les plus abjects…
Alors quelles sont les justifications ?
En préalable, il est utile de rappeler qu’une politique de logement, c’est d’abord de la politique avant d’être de l’économie.
L’économie vit selon des cycles dont la durée moyenne s’établit autour de 5 ans. La politique se doit d’être prospective et évaluer les risques économiques au-delà de 5 ans. Or, le coût économique d’une mauvaise politique de logement est infiniment supérieur aux quelques recettes accumulées les 5 premières années. De surcroît, les recettes vont d’abord dans les poches des promoteurs et autres opérateurs sectoriels, alors que les dépenses sont puisées dans les caisses du Royaume. Toujours le même schéma : privatisation des recettes – mutualisations des dépenses.

Quels sont les arguments ? Le problème foncier, le problème foncier, le problème foncier.
1. On manque de place à Tanger. Allons, donc… Dessinons la carte : Tanger – Ksar Sghir Melloussa – Gzenaya – Spartel : des milliers d’hectares dans un rayon maximum de 35 km autour de Tanger avec des agglomérations secondaires capables d’offrir un échantillon de services.
2. Le prix au m2 est trop cher. Forcément. Le prix du m2 est la conséquence directe des possibilités de construction offertes. Dès lors que l’on autorise un immeuble de 10 étages, le prix du terrain grimpe aussi de 10 étages… Ces milliers d’hectares sont aujourd’hui des terrains agricoles susceptibles d’être achetés sur une base de 100 dh/m2, soit 1000 000 dh l’hectare.

Donc voici un autre schéma : Lotissements de maisons individuelles jumelées en R+2 avec 30 m2 d’emprise au sol soit 90 m2 de surface habitable. Sur un terrain d’1 hectare, 5000 m2 réservés aux accès, servitudes, espaces verts, 5000m2 d’emprise au sol composant un projet de 15 000 m2 construits ; ceux-ci proposés à la vente selon un système de crédit établissant un montant de 1000 dh de remboursement mensuel. La spéculation pourra être contenue. En effet, il est facile d’identifier les logements occupés de ceux vacants. Chaque maison achetée inhabitée sera soumise à l’amende voire à la saisie.

Il s’agit d’abord d’affirmer qu’il n’existe aucune fatalité à la généralisation de ces monstres de béton et que la réflexion doit se poursuivre.
Car regardons les modèles étrangers et considérons que le principal problème des banlieues européennes abritant les grandes communautés originaires d’Afrique du Nord est somme toute moins un choc de cultures que d’urbanismes. Ces grands ensembles ont brisé un équilibre social, familial. Et c’est peut-être de cette brisure que naît le réflexe identitaire consistant simplement à défendre le dernier rempart qui protège son histoire.
Doit-on nécessairement reproduire ici, à Tanger, les mêmes erreurs ?

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